Au Mexique, le lieu de naissance d’une fille ou d’un garçon, les revenus de sa famille ainsi que les services mis à la disposition de sa famille et de sa communauté influencent ses chances de grandir en bonne santé, d’apprendre et de développer ses capacités. La pauvreté ne signifie pas seulement un manque d’argent au sein du foyer ; elle peut également se traduire par l’absence d’aliments nutritifs, de soins médicaux en temps opportun, de sécurité sociale, d’un logement sûr, de services liés au logement tels que l’eau potable ou d’accès à l’éducation.
En 2024, 4 enfants sur 10 âgés de moins de cinq ans (41,9 %) vivaient dans la pauvreté, la petite enfance étant la tranche d’âge la plus exposée à cette situation dans le pays. Derrière ce pourcentage se cachent près de 5,2 millions d’histoires où les chances commencent à s’amenuiser avant même que les enfants n’apprennent à parler.
La petite enfance est une période décisive pour le développement physique, cognitif, émotionnel et social ; grandir dans la pauvreté augmente le risque que ces désavantages perdurent tout au long de la vie. Une alimentation insuffisante peut nuire à la croissance et au développement cognitif. L’absence de soins médicaux peut transformer une affection évitable en un handicap permanent. L'absence de services de garde peut contraindre de nombreuses familles, en particulier les femmes, à réduire leur temps de travail ou à quitter leur emploi.
Dans le cas de l'extrême pauvreté, un même enfant peut être confronté à des difficultés d'accès aux soins de santé, à l'alimentation, à la sécurité sociale, au logement et à l'éducation, tout en disposant de revenus insuffisants pour subvenir à ses besoins alimentaires. Garantir des conditions de vie adéquates pour grandir est une responsabilité qui incombe en premier lieu à l'État ; lorsque l'on parle de pauvreté, il ne s'agit pas d'un échec individuel, mais d'obstacles structurels : économiques, territoriaux et institutionnels.
Le budget public reflète les domaines considérés comme prioritaires, les populations auxquelles sont destinées les ressources et les services qui sont renforcés. Lorsque les investissements en faveur de la petite enfance sont insuffisants, cela se traduit par des centres de santé dépourvus de médicaments ou de personnel, des communautés n’ayant pas accès à l’éducation préscolaire et des programmes dont la couverture est limitée.
Actuellement, les investissements publics consacrés à la petite enfance représentent 0,61 % du produit intérieur brut. Par ailleurs, la part des dépenses consacrées à l’enfance et à l’adolescence dans les dépenses sociales est passée de 26,3 % en 2018 à 17,7 % en 2025, tandis que, sur la même période, celle consacrée à la petite enfance s’est maintenue autour de 3,6 %. Cela montre que cette question est encore perçue comme une dépense et non comme un investissement stratégique. Reconnaître l’importance de la petite enfance ne suffit pas : cette priorité doit se traduire dans l’affectation et l’utilisation des ressources publiques.
Investir dans la petite enfance ne doit pas seulement se justifier par ses avantages futurs : les filles et les garçons ont le droit de bien vivre dès maintenant. De plus, prendre en charge en temps opportun leur santé, leur alimentation, leur éducation, leur prise en charge et leur protection permet de réduire les coûts à long terme, de renforcer l'apprentissage et de contribuer à briser la transmission intergénérationnelle de la pauvreté.
Faire de la petite enfance une priorité budgétaire exige d’augmenter de manière durable les ressources allouées aux filles et aux garçons de moins de six ans et de protéger les programmes essentiels. Cela implique de combiner des services publics suffisants et de qualité avec des aides financières ; les transferts peuvent améliorer les revenus des familles, mais ils ne remplacent pas un centre de santé de proximité, les vaccins, l’eau potable, une alimentation saine ou l’éducation de la petite enfance.
Le Mexique doit évoluer vers un système de prise en charge axé sur l'enfance. En 2024, la couverture de ces services n'atteignait que 13,2 % ; l'étendre favoriserait le développement des enfants, permettrait de concilier vie professionnelle et vie familiale et contribuerait à réduire les inégalités auxquelles sont confrontés les enfants et leurs familles.
Le budget doit être alloué selon des critères d'équité : les territoires ruraux, autochtones et les plus marginalisés ont besoin de ressources supplémentaires, d'un personnel suffisant et de stratégies adaptées. Outre l'approbation des ressources, celles-ci doivent être mises en œuvre en temps voulu, parvenir aux communautés auxquelles elles sont destinées et se traduire par des biens, des services et des résultats vérifiables.
Lutter contre la pauvreté dès la petite enfance, c’est agir avant que les inégalités ne s’accumulent et ne deviennent plus difficiles à surmonter ; investir dès les premières années, c’est construire un pays plus juste dès le départ ; cela signifie reconnaître que chaque décision budgétaire a un impact sur la vie de millions de filles et de garçons.
Le défi que représente le financement adéquat de la petite enfance n’est pas propre au Mexique. En Amérique latine et dans les Caraïbes, pour progresser vers des sociétés plus justes, il faut également que les engagements pris en faveur des filles et des garçons se traduisent par des décisions budgétaires concrètes, durables et axées sur les résultats.
Dans ce contexte, du 10 au 12 novembre, le Mexique accueillera le 1er Sommet latino-américain sur l'investissement dans la petite enfance, dont l'objectif sera de promouvoir un programme régional garantissant des ressources suffisantes et durables pour les filles et les garçons de moins de 6 ans.
Investir dès le plus jeune âge, c'est construire un pays plus juste dès le départ. Cela signifie reconnaître que chaque décision budgétaire a des conséquences sur la vie de millions de filles et de garçons et que la garantie de leurs droits ne peut dépendre ni de leur lieu de naissance ni des ressources économiques de leur famille.